Le 10 juin dernier, le MEDAD (qui s'appelait encore MEEDDAT) arrêtait l'autorisation à la SAS Hambregie (structure créée
ad hoc par le PDG de Direct Energie) d'exploiter une installation
de production d'électricité de 892 MW fonctionnant au gaz naturel à Hambach en Alsace Bossue. Ce projet est identique en tous points à celui de Verberie (Oise), jusque dans les procédés douteux
employés : une négociation occulte entre Xavier Caitucoli, PDG de Direct Energie, et la Communauté de communes locale qui a conduit cette dernière à tenter de mettre la population devant le fait
accompli. C'était sans compter sur la mobilisation de nombreux élus locaux et de la très grande majorité des riverains. Comme à Verberie, la levée de boucliers est massive et sans appel : non à
cette centrale !
Le premier et fondateur des multiples motifs de sa grenello-incompatibilité est que sa philosophie profonde s'inscrit dans cette tendance rétrograde des affairistes du marché de l'énergie à
vouloir construire toujours plus de moyens de production d'électricité quand il faudrait engager le(s) pays sur la voie de la sobriété énergétique : concevoir mieux (habitat, électroménager,
transports) et rétribuer les producteurs d'électricité
à l'économie et non à la production pour consommer moins et maintenir, voire faire décroître, le nombre d'unités de production
actuellement en service.
Le second, et non le moindre, réside dans le mode envisagé de production : brûler du gaz naturel, combustible tout aussi fossile que le pétrole et le charbon et tout aussi polluant,
a
fortiori dans le cadre d'un projet au rendement annoncé de... 53% ! Fortement émetteur de gaz à effet de serre (GES) avec des rejets de l'ordre de 2 millions 800.000 m³ par heure de fumées
chargées en CO2 (3,8% soit une émission horaire de 106.400 m³ !), le projet de centrale, s'il venait à voir le jour, caracolerait dans le peloton de tête des plus grands pollueurs climatiques de
France : sur une base de fonctionnement annoncée de 8000 h/an, ce seraient 106.400 * 8000 = 851.200.000 m³ de CO2, soit 2 millions 644.000 tonnes, qui seraient émis chaque année, auxquelles
il convient d'ajouter les quelques 1920 tonnes de NOX, au PRG 310 fois supérieur à celui du CO2 (soit 1920*310 = 595.200 tEqCO2) !
Grand total en GES :
trois millions deux cent trente neuf mille deux cents tonnes équivalent CO2, soit l'équivalent de 275 millions de km parcourus en Prius ou en Insight !
EN UN
AN ! Vive le Grenelle !
Non contente de participer allègrement à l'aggravement du changement climatique, la centrale viendrait également perturber le climat local par l'émission de 800 m³ par heure de vapeur d'eau à
92°C. Mais d'où proviendrait cette vapeur d'eau, me demanderez-vous ? Tout simplement de la différence entre les 1.100 m³ d'eau puisés à l'heure dans la rivière locale (la Sarre) et les 300 m³
rejetés en aval de la centrale à 30°C ! Arrêtons-nous d'ailleurs un instant sur les répercussions sur la ressource en eau ; restons sur le fonctionnement allégué par Hambergie de 8000 heures/an
:
♦ prélèvements dans la Sarre : 1100m³ * 8000 = huit millions huit cent mille m³ par an, soit la consommation annuelle en eau potable de 176.000 français !
♦ vaporisation à 92°C en basse atmosphère : 800m³ * 8000 = six million quatre cent mille m³ par an !
♦ rejet à 30°C dans la Sarre en aval de la centrale : 300 m³ * 8000 = deux millions six cent quarante mille m³ l'an, "additionnés" notamment de sulfates (issus d'acide sulfurique) dosés à
1200 mg/l (la norme de potabilité européenne est de 250 mg/l ; la Sarre ayant des eaux dosées à 110 mg/l, le maintien de la potabilité en aval du point de rejet nécessiterait par an 2.640.000 *
([1200/[250-110]) = vingt-deux millions six cent vingt-huit mille cinq cent soixante et onze m³ d'eau de dilution, soit la consommation annuelle en eau potable de plus de quatre cent cinquante
mille français ! De plus, quel serait l'effet de ces rejets à 30°C, quand on connaît l'impact sur les écosystèmes aquatiques d'une simple augmentation d'un demi-degré ?
♦ Le cocktail Hambregie est garanti sans alcool, mais doit se consommer accompagné de 108 m³ d'hypochlorite de soude à 12%, 22 000 l de chlorure ferrique et 14 tonnes de carbohydrazide, tous
nocifs pour les bactéries d'épuration biologique et la faune aquatique.
Cerise sur le gâteau, la qualité de l'air : Hambregie prévoit des rejets dans l'atmosphère de : 384 tonnes par an de particules fines, 384 aussi, le monde est bien fait, de dioxyde de soufre,
principal responsable des fameuses pluies acides, et nos 1920 tonnes d'oxydes d'azote, qui par réaction à l'humidité ambiante peuvent se transformer en acide nitreux et, si vous les inhalez, en
acide nitrique dans vos poumons ! Personnellement, je préfère continuer à fumer...
Ajoutons à cet inventaire la destruction d'une zone humide, le saccage du biotope et l'enclavement de nombreuses espèces végétales et animales, et une menace directe sur une espèce
strictement protégée, le Muscardin, ainsi que sur les couples de milan royaux qui nichent sur le site.
La meilleure, l'argument massue d'Hambregie (normal, me direz-vous, pour des préhistoriques) : Hambregie polluera moins qu'une centrale à charbon ! Il fallait l'oser, celle là... Mais comme le
faisait dire Audiard à Lino Ventura dans la fameuse scène de la cuisine des Tontons flingueurs : " les c..., ça ose tout, c'est d'ailleurs à ça qu'on les reconnaît !"
J'ai bon espoir que le projet soit abandonné sous la pression de la population, à Hambach comme à Verberie. Soyez tout de même attentif : Direct Energie montre bien n'avoir absolument cure de
l'environnement et de la santé humaine, s'ils se font jeter ici, il réessaieront par là, Borloo leur signe les autorisations à tour de bras !
Vive la République, Vive le Grenelle !
Liens utiles :
site de l'ADPSE
mobilisation à Willerwald
mobilisation dans l'Oise contre le projet de Verberie (1)
mobilisation contre le projet de Verberie (2)
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